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Arrêté puis jeté en prison depuis le mardi 07 mars dernier, c’est seulement à partir de ce jour, jeudi, et jusqu’à demain que le maire de Dakar et ses co-inculpés seront entendus par le doyen des juges d’instruction.

Officiellement, il est reproché à Khalifa Sall de n’avoir pas justifié l’utilisation d’une somme de 2,7 millions d’euros (près de 1,8 milliards de francs Cfa) de fonds public par la mairie de Dakar qu’il dirige. En d’autres termes, il s’agit de suspicions de détournement de deniers publics. Sauf que, pour ses partisans comme pour ses avocats, il s’agirait d’abord et avant tout d’un procès politique. Un contexte qui met la justice sous pression et presque dans l’obligation de donner la preuve de son indépendance par sa manière de conduire ce dossier épineux. Surtout que l’affaire arrive à un moment qui accentue les suspicions, puisque les dépôts des dossiers pour les prochaines législatives seront clos à la fin de ce mois de mars…

Accusés à la barre

La justice écoutera aujourd’hui quatre inculpés. Demain vendredi, ce sera le tour des quatre autres, parmi lesquels Khalifa Sall. Une occasion pour le maire, la première, d’être écouté et donc, de pouvoir s’expliquer sur ce qui lui est reproché. A l’issue de ces interrogatoires, le dossier peut aboutir soit à un renvoi devant le tribunal, soit à un non-lieu. Et comme il s’agit d’une procédure longue, les avocats du maire et ses co-inculpés ont déjà prévu déposer des demandes de mise en liberté provisoire. Sauf que, même dans cette hypothèse, Khalifa Sall et ses compagnons d’infortune devront trouver environ 1,5 milliards de caution (2/3 de la somme) pour recouvrer provisoirement la liberté. Ce qui est loin d’être une formalité.

Procès du maire et débat sur l’indépendance de la justice

Si l’affaire devait se compliquer pour eux, on sait déjà la ligne de défense qui sera privilégiée. Une ligne de défense qui mettra à l’épreuve l’indépendance de la justice en dénonçant un procès politique. D’ailleurs l’un des nombreux avocats du maire avait déjà donné le ton dès les premières heures de l’arrestation de son client : « C’est un dossier qui est politique, nous le savions. Tout cela pour un homme qui aspire à la magistrature suprême, cela fait quand même mal », déclarait-il alors. Et il n’est pas le seul à aller dans ce sens. Le président de la Ligue sénégalaise des droits humains et avocat au barreau, Maître Assane Dioma Ndiaye, au sujet de cette affaire, ne cache pas ses appréhensions : « Chaque gouvernement utilise la justice selon ses objectifs et la justice semble être un instrument de règlement de compte. L’état d’esprit en cours au Sénégal ne me paraît pas conforme à la séparation des pouvoirs ». Il n’en fallait pas plus pour inciter le porte-parole du gouvernement, Seydou Gueye, à prendre parole pour battre en brèche les procès faits à la justice dans cette affaire. Pour lui, « Un gouvernement n’a pas pour mission de faire de la manœuvre politique. C’est à l’honneur de la justice que de se montrer une véritable autorité, un véritable pouvoir dans notre pays… »

Cela suffira-t-il à calmer les passions ? Pas certain ! Le parti d’Abdoulaye Wade, le PDS, soutient désormais Khalifa Sall qui est de plus en plus présenté comme un possible adversaire de Macky Sall pour la prochaine présidentielle. Voilà qui promet une actualité juridico-politique animée au Sénégal dans les prochains jours.

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